Le rejet des grands partis



Au terme de cette campagne, la Coalition Avenir Québec (CAQ) a été portée au pouvoir avec l’élection de 74 députés à l’assemblée nationale. Cette victoire contraste avec les résultats subséquents qui placent le Parti Libéral du Québec (PLQ) à l’opposition officielle avec 32 députés suivi de Québec solidaire (QS) avec 10 députés.

Pour ce qui est du Parti Québécois, si l’élection de 2014 a été désastreuse, celle de 2018 fut absolument destructrice, ayant recueilli un des pires résultats de son histoire avec seulement 9 sièges.

Le Québec, pris dans une mécanique de bipartisme depuis des décennies, vient de rejeter officiellement l’emprise des partis traditionnels sur l’assemblée nationale. Bien que le PLQ, qui est un parti aussi vieux que la confédération canadienne, est en meilleure posture que les deux autres partis réunis, son résultat est le pire de son histoire quand on le compare au pourcentage du vote, soit 25%.

Le résultat par nombre d’élus peut projeter une image d’un Québec très uni avec l’élection écrasante de 74 députés caquistes, formant ainsi un gouvernement majoritaire. Lorsqu’on regarde plutôt la proportion des votes enregistrés, le résultat semble tout d’un coup beaucoup plus serré.

Données: https://www.electionsquebec.qc.ca/provinciales/fr/resultats.php Graphique: Félix Lebel

Cette proportion du vote est bien différente du nombre de députés élus et est l’héritage d’une ancienne tradition britannique: le mode de scrutin uninominal à un tour. Bien que ce mode de scrutin a la fâcheuse tendance à favoriser ceux qui ont reçu le plus de vote et à nuire à ceux qui en ont reçu le moins, il permet tout de même d’obtenir une certaine stabilité politique avec la présence récurrente de gouvernements majoritaires.

Je ne crois pas que ce résultat soit le fruit d’une campagne électorale particulièrement marquante plus qu’une démonstration du ras-le-bol politique de la population qui a mené à une division du vote de la sorte. Les deux partis qui ont le plus grandi dans cette campagne sont la Coalition Avenir Québec et Québec Solidaire.

Placé bien à gauche de l’axe idéologique, QS ne pouvait clairement pas penser à former un gouvernement en 2018, surtout dans un contexte où les enjeux d’identité et d’immigration semblent diviser une bonne partie de la population. Tout de même, passer de 3 à 10 sièges, de 8% à 16% des voies, c’est annonciateur d’un vent qui vire à l’ouest. QS a mené une bonne campagne et a su faire valoir ses idées, surtout en matière d’environnement et avec un cadre financier qui aurait remis les redevances sur les ressources naturelles à un niveau «scandinave».

Source: Le Devoir


Plus au centre, la CAQ a su profiter de l'essoufflement du Parti Libéral après 15 ans au pouvoir. Peu importe ce qu’aurait dit Philippe Couillard, le résultat n’aurait pu être différent et faire oublier à la population les empreintes laissées par l’austérité. La seule alternative  pas trop chamboulante était donc celle offerte par François Legault. L’aspect le plus sombre de ce nouveau gouvernement est son pauvre plan en environnement, qui favorise encore plus les industries traditionnelles du secteur primaire.

J’ai bien hâte de voir tous ces jeunes, de 16 à 18 ans, qui auront le droit de voter aux prochaines élections. Bien hâte de voir l’enjeu le plus important revenir dans la mire de nos priorités. L’enjeu qui, si il n’est pas résolu, va assombrir nos vies de telle sorte que tous les autres problèmes de la société seront secondaires: la lutte aux changements climatiques.