L'art de plaire

Bien que le triomphe de la CAQ à l’issu de la campagne électorale soit indiscutable, il n’en reste pas moins que la gouvernance qui s’amorce semble imprévisible même pour les adeptes de la politique. On peut blâmer à cet effet l’errance de François Legault dans ses promesses, l’absence d’un cadre budgétaire solide pour justifier ses investissements, mais surtout l’art subtil de son parti à incarner l’idéal flou et pourtant si alléchant du changement.

Que ce soit en promettant par des mesures discutables de désengorger les routes de la région métropolitaine ou en promettant à l’échelle du Québec d’offrir une pré maternelle dont l’implantation tient toujours du fantasme, l’équipe de François Legault a toujours su garder cette fraîcheur, voire ce sérieux, qui leur ont assuré une majorité claire à l’Assemblée Nationale.

Tout dans la campagne de la Coalition Avenir Québec laisse entendre que le changement passe avant tout par le passage à une autre alternative que le bipartisme que l’on connait, quitte à ce que les quatre prochaines années soient fades en projets.

Car c’est bien de projets sérieux et rassembleurs pour la société québécoise dont a manqué la CAQ lors de cette campagne. C’est cette absence d’idée phare pour le Québec, dont on pourrait aussi taxer les partis libéral et québécois, les projets de Québec Solidaire relevant plutôt de la lubie socialiste pour une trop grande frange de la population, qui a refroidi l’électorat.

Ceux qui ont voté l’ont probablement fait par dépit, dans l’espoir que le changement de parti force un brassage des cartes, un renouveau dans la culture politique.

À ce titre, on peut saluer la promesse de changer le mode de scrutin de la CAQ, que le système uninominal à un tour a si bien servi, ainsi que l’annonce récente de Simon Jolin-Barrette de démocratiser la nomination de personnes à des postes clés de l’administration de la province. Reste que cet élan démocratique est insuffisant pour attiser les passions de l’électorat dont une proportion de 30% s’est détournée des bureaux de votes le 1er octobre.

Où sont donc passées les propositions inspirantes, les projets de lois rassembleurs ? Les partis politiques, par électoralisme, craignent de perdre des grappes du vote ou d’apeurer l’électorat en faisant preuve d’ambition.

Plus de nationalisation des ressources naturelles, de Caisse de dépôts et placement, pas de fonds de solidarité ou d’assurance pour les Québécois. La gouvernance répétée de la dernière décennie a été pauvre en projets. Les partis sont passés maîtres dans l’art de plaire plutôt que dans l’art de faire, et c’est peut-être là la source de la défection des citoyens au jour du scrutin.

La CAQ a su habilement recueillir les votes des indécis et a profité du ras-le-bol général envers le bipartisme pour se hisser jusqu’au gouvernement, sans ligne claire, sans propositions emballantes.

Même si les citoyens ont élu la CAQ par dépit, espérons seulement qu’elle ne gouvernera pas, sans substance et sans projet, elle aussi par dépit.