Élections 2018 : impopulaires et fades

François-Alexis Favreau

On distingue une élection banale d'une élection remarquable en regardant sa popularité auprès des électeurs. En tenant compte du taux de participation, il me vient à l'esprit que la campagne électorale a manqué de mordant. Au lendemain des élections, peut-on dire que l'exercice de la démocratie a répondu fidèlement à la population québécoise? Pas cette année.

Peu de temps avant que la Coalition avenir Québec ne prenne le pouvoir le 1er octobre, j'ai pris la liberté de me promener d'un rassemblement à l'autre durant la soirée électorale. Visite chez les libéraux, excursion dans la soirée des Québec Solidaires, puis dans un regroupement citoyens, une soirée mouvementée pour tout dire.  

Ce qui m'a le plus étonné, c'est que même au cœur des rassemblements, je n'ai pas perçu les discutions animées auxquelles je m'attendais. De toute évidence, la surprise d'un gouvernement majoritaire à fait tiédir les foules. Même les analystes politique les plus chevronnés n'avaient pas prévu le phénomène. Les électeurs présents lors des rassemblement sont restés bouche bée devant le raz-de-marée de la CAQ.

Il est là le tabou de la victoire en politique. Toute la population vote pour un projet de société, mais chaque électeur vote pour soi, de son côté et selon ses intérêts. L'aspect individuel et personnel du vote m'a fait un drôle d'effet. Comment ce fait-il que le parti actuellement au pouvoir soit resté si subtil dans l'opinion publique avant le vote. Je crois que c'est le résultat flagrant du malaise de la population en matière de politique.

Pancarte du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) crédit: topolocal.ca

Force est de constater que les électeurs en ont marre du modèle de scrutin, la preuve est qu'il y a de moins en moins de personne qui votent depuis les trois dernières élections. Il me semble que tous les politiciens dignes de défendre le concept de démocratie devront réaliser l'alerte que la population envoie dans son abstention, dans son mutisme.

Le spectacle électoral coûte cher aux québécois, mais ceux qui paient le plus sont les laissés-pour-compte. Malgré les campagnes éloquentes de Élections Québec, malgré les débats et et malgré les vingt-deux partis politiques autorisés, j'arrive à peine à croire qu'un individu ne puisse pas trouver au moins une voix qui l’interpelle dans le spectre politique.

L'absurdité derrière le faible taux de participation m'échappe et m'exaspère. Selon moi, la démocratie a connu de bien meilleurs jours. Il faudra en faire plus pour regrouper les indécis et pour mieux informer les oubliés du système. Et il faudra s'en parler bien plus souvent qu'à chaque quatre ans pour réveiller la politique québécoise de sa torpeur.  

Qui a dit que de consulter la population plus souvent coûterait trop cher? Je vous le demande. En 2018, peut-on rêver d'une plate forme numérique reconnu par le gouvernement pour donner plus facilement son opinion? Si le public avait l'occasion de se prononcer plus souvent sur une variété d'enjeux, j'ai la certitude que l'exercice démocratique serait plus naturel et mieux ancré dans nos habitudes.

L'idéal serait un système hybride mettant de l'avant un mode de scrutin bonifié et une communication plus fréquente entre le public et le gouvernement. De cette façon, l'exercice démocratique en soi serait plus juste et plus populaire. Peut-on rêver d'un gouvernement assez confiant pour réformer la méthode de scrutin? Je doute qu'un gouvernement majoritaire puisse s'y intéresser.