Un raz-de-marée caquiste balaie le Québec

Lina Heckenast et Jérémie Lachance

Un véritable raz-de-marée turquoise a frappé la province, soit un gouvernement majoritaire caquiste formé d'un total de 74 circonscriptions sur 125.

En gagnant une majorité écrasante de sièges, le parti de François Legault a déjoué le pronostic des sondages et des analystes qui prédisaient un gouvernement caquiste minoritaire. Le nouveau premier ministre, qui célébrait sa victoire avec les militants exaltés de la Coalition avenir Québec (CAQ) au Palais des congrès de Québec, a réitéré sa volonté de gouverner pour tous les Québécois lors de son discours de victoire. Il a également mentionné son désir d’en faire plus pour les régions du Québec. La CAQ, qui a connu une sortie canon des blocs de départ, a dominé tout au long de la soirée électorale.

À la surprise de tous, c’est le Parti québécois (PQ) qui a terminé bon dernier avec un total de neuf sièges à l’Assemblée nationale. Mis à part la CAQ, Québec solidaire (QS) a sans contredit gagné son pari en sortant de l’île de Montréal pour la première fois de son histoire. Le parti de gauche a quant à lui récolté dix sièges et le Parti libéral du Québec (PLQ) constituera l’opposition officielle avec un total de 32 sièges.

Opposition officielle rouge

Pour la première fois en 15 ans, exception faite du court mandat de Pauline Marois pour le PQ, le PLQ sera l’opposition officielle à la chambre d’assemblée. Victime du vent de changement qui déferlait depuis plusieurs jours à travers la province, le PLQ a d’ailleurs perdu de nombreuses circonscriptions aux mains de la CAQ, notamment en Estrie. Auparavant presque entièrement libérale, cette région du Sud du Québec s’est laissée prendre d’assaut par la CAQ, ne laissant aucun siège au PLQ.

Le premier ministre sortant, Philippe Couillard, a déclaré, à la suite de sa victoire dans la circonscription de Roberval, être en réflexion quant à son avenir à la barre du PLQ. Outre Philippe Couillard, plusieurs experts s’attendent à de nombreuses démissions de candidats piliers du PLQ, telles que celles des ministres de la santé et de l’économie sortants, Gaétan Barrette et Carlos Leitao. Des 70 candidats libéraux élus aux dernières élections de 2014, il n’en reste que 32.

Accablante défaite au Parti québécois

Le PQ vient de connaitre sa pire défaite depuis 1972. Constituant l’opposition officielle avec 30 candidats élus en 2014, le parti se retrouve au dernier rang des élections avec un total de neuf candidats élus.

Le chef du PQ, Jean-François Lisée, a quant à lui été défait dans sa propre circonscription de Rosemont après sept ans de mandat. C’est le candidat vedette de QS, Vincent Marissal, qui y a été élu avec 11 772 voix, contre 9 555 pour le chef péquiste. Avec la défaite de Jean-François Lisée dans Rosemont et celle de Jean-Martin Aussant dans Pointe-aux-trembles, le PQ se voit chassé de l’île de Montréal, une première depuis la création du parti en 1968.

Au moment de s’adresser à ses électeurs, Jean-François Lisée a annoncé avoir fortement conseillé François Legault de s’inspirer du programme électoral du PQ, « surtout la partie en rapport avec l’écologie », a-t-il clamé au grand plaisir des partisans présents dans la salle.

Le chef du PQ a terminé son allocution en annonçant son retrait de la vie politique, soulignant toutefois qu’il sera toujours un fervent militant péquiste.

Un nouveau souffle pour les indépendantistes

Une vague orange a aussi déferlé sur la province, sept circonscriptions passant entre les mains de QS, pour un total de 10, ce qui a plus que triplé le nombre de députés du parti à l’Assemblée nationale. Pour la première fois dans son histoire, QS a réussi à mettre la main sur des circonscriptions hors de l’île de Montréal, dont deux en région. Christine Labrie a triomphé dans Sherbrooke avec 2337 voix de plus que le candidat caquiste Bruno Vachon. Pour sa part, Émilise Lessard-Therrien a remporté la circonscription de Rouyn-Noranda-Témiscamingue avec 321 voix d’avance.

Sans grande surprise, Catherine Dorion a été élue dans Taschereau, remportant la première circonscription de la capitale nationale. Sol Zanetti a quant à lui été élu dans Jean-Lesage, battant les candidates caquistes et libérales, pourtant favorites dans les sondages.

Les trois circonscriptions que détenait déjà QS resteront dans leur giron. Gabriel Nadeau-Dubois, dans Gouin et Manon Massé, dans Sainte-Marie-Saint-Jacques ont été réélus. Ruba Ghazal, qui remplaçait Amir Khadir comme candidate pour le parti dans Mercier, a pour sa part aussi été élue.

Ont également été élus Andrés Fontecilla (Laurier-Dorion) et Alexandre Leduc (Hochelaga-Maisonneuve).

Taux de participation toujours en baisse

Les changements importants au gouvernement ont cependant été fait sans grande mobilisation de la part des électeurs. Le taux de participation a été enregistré plus bas qu’aux dernières élections, il y a 4 ans. C’est 66,7% des électeurs inscrits qui se sont rendus aux urnes lundi, comparativement à 71,4% en 2014.

Mis à part quelques manifestations isolées, aucun incident majeur n’a été répertorié.

Crédit photo: Le Soleil