Lisée, pris dans le courant, démissionne

Roxane Trudel

Jean-François Lisée a annoncé lundi soir sa démission du Parti Québécois (PQ), après sa défaite et celle de son parti. « Pour l’emporter, il fallait remonter les chutes du Niagara à la rame. Et nous avons ramé, mes amis », a-t-il dit à ses partisans réunis à l’Usine C, à Montréal.

N’ayant récolté que 17% des suffrages, le Parti québécois vit aujourd’hui sa vraie « dégelée historique ».  Avec seulement neuf sièges, le PQ risque par ailleurs de perdre son statut officiel de groupe parlementaire à l’Assemblée nationale.

Après avoir représenté six ans la circonscription de Rosemont, M. Lisée s’est incliné devant Vincent Marissal de Québec solidaire (QS). Certains militants péquistes ont élevé la voix lorsque M. Lisée a annoncé son départ. Des « Non! » et des « Reste! » suppliants ont résonné dans la salle.

François Gervais, militant vêtu d’un drapeau du Québec, a expliqué que les résultats « ne sont pas comme [il] l'espérait, mais comme [il] l’attendait ». Selon lui, le Parti québécois n’est pas perdu. « Les militants du Parti québécois se qualifient de deux façons: par leur espérance et par leur volonté. Et c’est cet espoir-là qui fait en sorte que le parti reste vivant. »

À l’Usine C, l’ambiance était lourde. C’est ici qu’avait lieu la soirée électorale du Parti québécois (PQ). On venait tout juste d’annoncer que la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault formera un gouvernement majoritaire.

Un rideau séparait en deux la grande salle de l’Usine C : peu de personnes étaient attendues pour célébrer la soirée électorale. On n’avait prévu ni champagne ni ballons.

La chanson Tout le monde est malheureux de Gilles Vigneault accompagnant les images de célébration de François Legault à la télévision a tout de même remis un petit sourire sur le visage des militants péquistes. La soirée a été parsemée de quelques moments plus lumineux, comme lorsque les militants péquistes applaudissaient avec enthousiasme les quelques députés élus. Lorsque l’élection de Véronique Hivon a été annoncée, la salle s’est animée pour applaudir l’ancienne avocate.

Gabrielle Lemieux, présidente du PQ depuis un an, a donné un discours très optimiste, invitant notamment « les jeunes, les femmes et les membres de la diversité et les gens de tous les horizons à continuer de prendre [leur] place au sein de ce grand mouvement qu’est le Parti québécois ». Elle a dit penser que les militants du parti souverainiste sont satisfaits de leur campagne. « Ce qu’ils veulent le plus, c’est avoir l’occasion de faire valoir leurs idées, faire valoir notre programme. Et ça, je pense qu’on l’a fait vraiment de façon extraordinaire. À  tous les jours on est allés à la rencontre d’un maximum de Québécois et de Québécoises, nos chefs n’ont jamais chômé. Et puis je crois qu’on peut en être très heureux, très fiers », a-t-elle dit, quelques minutes avant la sortie des résultats.

Élu le 7 octobre 2016 à la tête du Parti québécois, Jean-François Lisée est également devenu ce jour-là le chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale. Il avait succédé à Pierre-Karl Péladeau qui avait démissionné le 2 mai 2016 en invoquant des motifs familiaux.

M. Lisée est le neuvième chef qu’ait connu le parti souverainiste.

Les élections de 2014 avaient aussi été un coup dur pour le Parti québécois. En effet, la première ministre de l’époque, Pauline Marois, avait elle-même déclenché les élections générales, croyant pouvoir gagner le coeur des électeurs et transformer son gouvernement péquiste minoritaire en gouvernement majoritaire.  La défaite avait été cuisante avec une maigre récolte de 25,4% des votes, soit la pire performance du PQ — pire même que les résultats de 2007 alors que le parti était mené par André Boisclair. Il avait alors obtenu un résultat de 28% d’appui et 36 sièges, ce qui a été considéré comme une «dégelée historique»: certains prédisaient alors la fin du parti souverainiste. Le soir de sa défaite, Mme Marois avait aussi annoncé sa démission.

M. Lisée a dit avoir appelé François Legault, le nouveau premier ministre du Québec, pour le féliciter de sa victoire. « La CAQ s’est souvent plainte de se faire voler ses idées par le gouvernement. Eh bien, nous, c’est le contraire. Je t’invite, François, à lire notre programme et à prendre le maximum [...] surtout sur l’environnement, a-t-il lancé. Tant que le Québec ne sera pas un pays, le Québec aura besoin du Parti québécois », a-t-il conclu sous une vague d’applaudissements.