Les jeunes électeurs réticents

Audrey McLean

Le poids démographique des jeunes au moment des élections dépasse celui de la génération des baby boomers pour la première fois, avec un peu plus de deux millions d’électeurs, soit près d’un tiers de la population en âge de voter, selon des données du rapport Participation électorale des millénariaux de l’Institut du Nouveau Monde.


Or, le taux de participation des jeunes de 18 à 35 ans est en déclin de manière constante depuis les années 1980, selon le rapport réalisé par l’Institut du Nouveau Monde. Publié en mars 2018, il dresse un portrait désastreux du taux de participation de cette tranche d’électeurs. Aux dernières élections fédérales, seulement 52% sont allés exercer leur droit de vote. Pourquoi les jeunes ne participent-ils pas?


Plusieurs raisons sont évoquées: les jeunes ne considèrent pas le vote comme un devoir de citoyen, ils manquent d’intérêt pour la politique - ayant l’impression qu’il n’y a aucun enjeu qui les concerne, ou ils trouvent cela tout simplement trop compliqué. En fait, il semble qu’ils ne saisissent pas le lien entre la politique et leur vie, conclut le rapport.


Kenny Victor Chery, professeur en science politique au Cégep régional de Lanaudière, pense tout autrement. « Malgré [le fait] que les jeunes ne sont pas un électorat qui participe beaucoup, du moins la tranche des 18-24 [ans] au Québec, je suis à peu près sûr qu’on va voir une hausse du taux de votation des jeunes pour ces élections-ci, pour la simple et bonne raison qu’ils ont une très grande conscience environnementale et qu’ils sont les premiers à réaliser l’urgence du changement en général. C’est ça qui va les amener aux urnes. »


C’est également l’avis de William Lepage, candidat de Québec solidaire dans la circonscription de Blainville, âgé de 19 ans. Si son parti remporte les élections, il serait alors le plus jeune député élu au Québec à ce jour. L’étudiant a commencé dès l’âge de 15 ans à faire de la politique partisane. « Ça m’a ouvert les yeux sur ce qui ne fonctionnait pas avec ma communauté, c’est à ce moment-là que j’ai décidé que je voulais l’aider, l’améliorer, et que m’investir dans la politique serait un bon départ. »


Le candidat avait quelques craintes au début de sa campagne, notamment que les gens ne le prennent pas au sérieux en raison de son jeune âge, ou qu’ils ne lui fassent pas confiance à cause de son manque d’expérience. « En fait, c’était tout le contraire! Les gens étaient très ouverts et respectueux, ils étaient contents de voir qu’un jeune se passionne pour la politique et s’y implique. »


Pour inciter ses pairs à s’impliquer, M. Lepage pense qu’il faut d’abord leur offrir de bonnes raisons de le faire en leur donnant espoir et en leur proposant de nouveaux projets de société qui les touchent particulièrement, comme l’environnement et la scolarisation. M. Chery ne peut qu’approuver, alors qu’« on arrive à une ère où la race humaine a besoin de nouvelles idées, a besoin d’innovation et c’est par les jeunes que ça va se passer ».

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