Élections provinciales 2018 : retour sur une campagne mouvementée

Sandrine Vieira

De nombreuses promesses se sont accumulées depuis le déclenchement de la campagne. Les quatre partis représentés à l’Assemblée nationale ont mis cartes sur table quant à leurs engagements s’ils sont portés au pouvoir.

Le Parti Libéral du Québec (PLQ) mise beaucoup ses promesses principales sur trois enjeux, soit la santé, l’éducation et l’aide aux familles. Il souhaite notamment de permettre aux aînés qui choisissent de rester sur le marché du travail de reporter le versement de leur rente et d’ajouter 1000$ au crédit d’impôt pour les travailleurs d’expérience.

Après que les CHSLD aient été au coeur de vifs débats dans la sphère publique, M. Couillard promet également 1500 nouvelles places dans ces centres, deux heures gratuites dans les stationnements d’hôpitaux ainsi qu’un plafonnement de 7$ par jour.

Du côté de Québec solidaire (QS), la co-porte-parole Manon Massé envisage de mettre sur pied une assurance dentaire universelle et d’instaurer la gratuité scolaire du centre de la petite enfance (CPE) jusqu’au doctorat. Le PLQ vise plutôt à prolonger la gratuité des soins dentaires jusqu’à l’âge de 16 ans ainsi que pour les aînés en situation défavorisée.

Santé et éducation au cœur des promesses

Au cours de la campagne, Québec solidaire  a multiplié ses discours sur l’importance poser des actions concrètes afin de combattre la crise écologique actuelle. Le parti promet d’ici 2030 d’interdire la vente de véhicules hybrides ou non-électriques. Il souhaite également offrir le transport collectif à moitié prix partout au Québec.

Le Parti québécois (PQ) promet quant à lui de mettre sur pied une application de covoiturage gérée par l’État afin de favoriser le transport en commun.

Outre cette promesse de covoiturage, le parti de Jean-François Lisée concentre principalement ses priorités sur des engagements concernant l’éducation et la santé. Comme M. Couillard, M. Lisée souhaite améliorer les conditions de vie dans les CHSLD en y installant l’air climatisé dès 2019. Il promet également l’accès à une super-infirmière sept jours sur sept.

La Coalition avenir Québec (CAQ) souhaite pour sa part remplacer les CHSLD par des maisons des aînés de 70 à 130 places, en plus de climatiser tous les CHSLD restants. Le chef, François Legault, promet également de réduire le temps moyen d’attente à l’urgence à 90 minutes d’ici quatre ans et de garantir l’accès à un médecin de famille dès la naissance.

Suivant la santé, l’éducation est l’enjeu ayant fait l’objet d’une majorité de promesses électorales. Après avoir été vivement critiqué concernant les coupures en éducation, M. Couillard souhaite rénover et agrandir les écoles en injectant 400 millions de dollars supplémentaires par année dans le réseau scolaire.

Alors que la CAQ promet d’offrir la maternelle à 4 ans partout au Québec, le PQ s’engage plutôt à créer 26 800 nouvelles places en CPE et à implanter un service de repas sains dans les écoles primaires afin de libérer les parents de la préparation des lunchs.

Retour sur les points saillants de la campagne électorale

À quelques heures du dévoilement du nouveau parti au pouvoir, la lutte qui oppose principalement le PLQ et la CAQ s’annonce serrée, alors que la CAQ récolte de 30 à 31,5% des appuis tandis que le PLQ en récolte de 29 à 30%.

Selon les dernières prédictions, la CAQ devrait être élue minoritaire. Comment expliquer la montée du parti et la possibilité d’avoir un gouvernement caquiste pour la première fois de l’histoire, au détriment du traditionnel parti libéral ?

Quelque temps après le déclenchement de la campagne, c’est la candidate du PLQ Gertrude Bourdon qui a été le symbole de l’indécence politique, selon Jean-François Lisée. Après avoir affirmé son sentiment d’appartement au PQ, la présidente-directrice générale du CHU de Québec-Université Laval a envisagé à se diriger vers la CAQ, où François Legault lui avait réservé la circonscription de Charlesbourg. C’est après avoir décliné cette offre que Mme Bourdon a finalement choisi son camp au PLQ.

Après avoir annoncé à la radio qu’il est possible pour une famille de deux adultes et d’un adolescent de faire une épicerie équivalant à 75$ par semaine, M. Couillard a semé une des plus grandes controverses de la campagne. Plusieurs analystes expliquent que la bourde de M. Couillard concernant l’épicerie à 75$ lui a fait beaucoup de tort.

Un autre point saillant de la campagne électorale fut certainement l’absence du débat souverainiste. Le journaliste Antoine Robitaille a expliqué, dans une chronique parue dans le Journal de Montréal, que la campagne actuelle est non « existentielle », c’est-à-dire que les Québécois s’intéressent plus que tout à la vie quotidienne et très peu à la souveraineté. C’est un vide ressenti par plusieurs analystes politiques pour la première fois en 40 ans.

Manon Massé a également fait réagir bien des internautes en semant la confusion sur Twitter quant à la langue officielle de la province. Après avoir répondu à une question sur l’avenir de l’anglais au Québec, Mme Massé a affirmé que l’anglais et le français étaient des langues officielles dans la province. Suite à la capture d’écran et aux réactions des internautes, cette dernière a nuancé qu’il était possible pour les Québécois de recevoir des services en anglais, mais que seul le français demeurait la langue officielle.

Des combats de coqs

Un des moments les plus décisifs pour nombre d’électeurs est le visionnement du débat des chefs. Pour la première fois cette année, les Québécois ont eu droit à un premier débat en français dans la Maison de Radio-Canada puis un débat en anglais pour terminer le tout avec un face-à-face animé par TVA.

Alors que le premier grand débat des chefs en français s’est déroulé de manière plutôt cordiale, le combat de coqs s’est tenu entre Philippe Couillard et François Legault quant à la question identitaire. M. Couillard a critiqué le test de valeurs imposé aux nouveaux arrivants, accusant M. Legault de « faire peur » aux Québécois avec ses mesures d’intégration et sa volonté de diminuer le nombre d’immigrants accueilli chaque année au Québec.

Le face-à-face animé par TVA était particulièrement important pour M. Legault qui voyait son parti perdre en popularité. Après avoir été interpelé par l’animateur Pierre Bruno, quant au salaire moyen des médecins spécialistes, soit de 455 000$, M. Legault a accusé le chef libéral d'être injuste envers les infirmières qui ont un salaire beaucoup moins important.

« C'est vous qui nous avez mis la main dans le tordeur avec l'entente pour obtenir la parité salariale entre les médecins québécois et ceux de l'Ontario », lui a répliqué le chef du PLQ.

L’animateur a enchaîné en abordant la déclaration de M. Couillard sur l’épicerie à 75$, enjeu sur lequel les autres chefs se sont précipités pour le critiquer, ce à quoi il a rétorqué qu’une telle situation était possible mais regrettable.

Finalement, le moment que les analystes ont le plus abordé suite au face-à-face est le malaise palpable que M. Lisée a installé après avoir interrogé Mme Massé à savoir qui est le véritable chef de QS. Malgré les interventions répétées de l’animateur, le chef péquiste n’a pas lâché prise en questionnant son adversaire à ce sujet.

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