À Magog, les gîtes et Airbnb font chambre à part

Plusieurs options s'offrent aux touristes quand vient le temps de se loger en Estrie, de ce fait, la municipalité de Magog devient un laboratoire sur l'enjeu de l'hébergement de courte durée opposant les gîtes et Airbnb.

La haute saison touristique bat son plein, Richard Grenier, président de l'association des gîtes touristiques de Magog-Orford, s'affaire à recevoir les visiteurs chez lui, dans l'une de ses quatre chambres du Coq au Bonheur. L'Association dirigé par M. Grenier compte vingt quatre hôtes de gîtes traditionnels, ils crient à la compétition déloyale face aux plateforme numérique Airbnb et HomeAway.

Parallèlement, Guillaume Lavoie, directeur du Groupe de travail sur l'économie collaborative (GTEC), fait valoir la complémentarité des deux services d'hébergement. L'offre des gîtes est constante, tandis qu'un utilisateur d'Airbnb, en théorie, loue sa résidence de manière sporadique aux moments les plus achalandé de l'année. De surcroît, «la plateforme numérique d'Airbnb peut servir aux propriétaire d’hôtels et de gîte comme outil pour annoncer leur établissement à l'année longue », explique M. Lavoie.

Toutefois, les propriétaires de gîtes dénoncent l'apparence trompeuses des annonces placées sur la plateforme numérique d'Airbnb. « Des visiteurs peuvent quitter Magog déçus, insatisfait de la qualité du service, puis leur expérience pourrait compromettre notre réputation » souligne M. Grenier, « il faut faire la différence entre un gîte inspecté par la Corporation de l'industrie touristique du Québec (CITQ) et un locateur illégal et improvisé. »

Recadrer pour mieux légiférer

Toutes les bases réglementaires émergent d'un modèle qui a été pensé en fonction du zonage exclusivement résidentiel ou commercial, remarque M. Lavoie. « Cependant, il est impensable de soumettre le locateur occasionnel au formulaire d'enregistrement d'un hôtel », souligne-t-il. L'économie collaborative sort du cadre, c'est pourquoi l'ensemble du processus d'enregistrement de nos biens et propriétés doit être recadré, soutient le directeur du Gtec.

Le danger de l'hébergement de courte durée réside dans l'abus possible des locateurs. « Disons qu'un acheteur d'un duplex met à la rue deux familles puis loue sa propriété sur Airbnb à temps plein, ça devient très grave», évoque M. Lavoie. La vocation d'une zone immobilière doit être préservé selon le directeur du GTEC. En contrepartie, louer temporairement sa maison ou son chalet le temps d'une vacance n'empêche personne de se loger, rapelle M. Lavoie.

Le président de l'Association des gîtes touristique de Magog-Orford demeure sceptique quant à la cohabitation avec Airbnb dans sa municipalité. Selon lui, les trois cent Airbnb situés à Magog sont à l'origine de la baisse d'affluence dans les 24 gîtes de l'Association. « Pour fonctionner de manière pérenne, l'occupation de nos établissements doit se tenir à 52%, or, la tendance moyenne indique 40-42% », conclut M. Grenier.

Le Café Crème, un des vingt-quatre gîtes de l'Association
Anabelle Lalumière-Ting (pancarte), candidate pour QS à Orford

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